Aventure Convoyages : plus qu'un métier, une passion
FILOSOF - Nautitech 542


Saint Martin - La Grande Motte.
Avril 2012

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Rubicon (Transat, 2015)
Fleur Australe (Tahiti-La Rochelle, 2013)
Doyle (Seychelles-Martinique, 2012)
Kiluna (Transat, 2012)
Filosof (Transat, 2012)
Bamboo (Transat, 2011)
Oxygene (Transat, 2011)
Song Saigon (Thailande-Egypte 2010)
Errante (Vancouver-SFR, 2009)
Melina (Vancouver-Horta, 2009)



Derniers préparatifs

Samedi 31 mars 2012, Saint Martin
Le jour "J" est là, un dauphin est venu tourner autour du bateau dans la baie de Saint Martin (garanti, nous l'avons vu tous les trois, aussi incroyable que cela puisse paraître!) c'est un signe qui ne trompe pas, n'est-ce pas...Nous sommes dans les starting blocks depuis hier soir, let's go.
Rapidement, le genaker est sorti de son sac et installé à poste, pour les prochains jours. Il avait été rangé car dans les alizés soutenus, en charter, ce n'est pas une voile qui se déploie souvent...
Grand voile haute, solent déroulé, nous montons chercher la passe entre Anguilla et Scrub Island. Magnifique passage, dernière vision de ces eaux turquoises d'après lesquelles a été inventée la carte postale. Sans ces couleurs, personne n'aurait sorti "la carte postale"...
L'aventure commence...

Dimanche 1er avril
19°29'.9N - 62°38'.2W
Ne disais-je pas que Hadas avait de l'humour? Ce matin, après mon quart, une fois les lignes de traine remise à l'eau au petit matin, je pars me coucher pour dormir une heure ou deux. Le bateau avance bien, nous portons la toile du temps comme on dit, un ris dans la grand voile, solent, la mer est belle, je sais que je peux aller roupiller tranquille.
Pendant ce temps, les deux, là haut, me préparaient "la blague du 1er avril"... Sur mon moulinet, ils ont attaché une boite de sardines! Sans rien dire à mon réveil, bien sur. Moi, par habitude, je prends le fil en main et je trouve qu'il est bien lourd...


La bonne blague...
Surprise à l'arrivée, et Hadas et Bernard pliés de rire!
La croisière s'amuse...N'empêche, j'en mangerais bien du frais, moi, de ce poisson d'avril!
 
Mardi 3 avril
24°02'N - 60°39'W

Bonne pioche!
Nous voulions du poisson? Nous sommes servis! Le congélateur est maintenant plein de deux superbes dorades coryphènes qui ont mordu en même temps sur les deux lignes. Ce n'est pas surprenant, les coryphènes vivant principalement en couples. Lorsqu'on en pêche une, on peut la laisser suivre le bateau à une dizaine de mètres, lancer une autre ligne à la même hauteur et il y a de fortes chances pour qu'une seconde morde à l'hameçon. Sur ce coup, les deux on "tapé" en même temps. A 9 nds sous genaker, pas facile à remonter! Nous avons donc enroulé cette grande bulle, et une fois ralentis, avons pu remonter ces deux bestioles. Magnifiques!
Et tellement bon!
C'est ce jour que le groupe électrogène (toujours les mêmes!!) a décidé de m'occuper l'esprit à des considérations plus terre à terre. Refus de coopérer, production de voltage excessive, alarme, arrêt automatique en sécurité... Diable. Le manuel d'utilisateur dit "Code d'erreur "Overvoltage", consultez le représentant le plus proche". Z'en ont de bonnes, eux. Le plus proche accessible est devant nous, à dix jours d'ici au moins... Va falloir te débrouiller tout seul, Alain.
 
Samedi 7 avril
34°29'N - 54°11'W
Le vent est de nouveau là, et il nous fait avancer au grand largue à une vitesse soutenue qui me fait envisager un "record de traversée"! Nous déboulons régulièrement à 10-12 nds, avec des pointes fréquentes à 15-16, et une accélération à 19.6 nds! Le temps est couvert, mais seul un petit grain modéré, le vent est régulier, la houle
également, Filosof se régale à descendre ses pentes, et moi je me régale à la barre, présentant le bateau du mieux possible pour bénéficier d'une accélération à l'avant de la vague. Les étraves fument, les embruns volent, il est impensable de sortir sans ciré! Le bateau maintenant ressemble plus à un marais salant qu'à autre chose, une épaisse croute de sel le recouvre de partout. Le sillage que nous laissons derrière ressemble presque à celui d'un bateau à moteur, il monte en gerbe à 3 ou 4 m de l'arrière, bien centré, bien rectiligne.
Le vent souffle dans le gréement, et arrache au passage des hurlements impressionnants aux haubans, aux lazy jacks, à la balancine. Le bruit du vent combiné à celui de la mer et du bateau dont les étraves fendent l'eau comme un couteau le beurre font que la transition dehors/dedans est impressionnante. Dehors, vent, mer, embruns. Dedans, mer le long de la coque, grincements et petits bruits de la coque sous la pression de la mer. Mais le bateau ne tape pas, ne craque pas à en croire qu'il se disloque comme c'était le cas sur Bamboo, ou dans une moindre mesure sur Oxygène. Ce plan Lombard est un joli plan, les carènes sont superbes et la nacelle suffisamment haute pour que les deux vagues d'étrave ne tapent pas sans arrêt dessus.
Bien sur, il y a quelques moments ou ça tape, vibre, cogne... C'est lorsque le bateau déboule à15 nds ou plus. Mais là, c'est tellement jouissif que tu n'entends plus ce bruit, tu n'entends que le bruit du compteur de miles qui tourne :-)
Inconvénient de cette vitesse : le dessalinisateur ne fonctionne pas. La prise d'eau est placée trop sur l'étrave, laquelle sort fréquemment de l'eau (nous sommes maintenant passés à 80° du vent). La pompe primaire du dessal aspire alors de l'air, et la pompe haute pression n'aime pas du tout, mais alors pas du tout. Bruit terrible, et arrêt automatique en sécurité "yapado".
Pas grave, on a encore tout ce qu'il faut dans les réservoirs. On verra le moment venu, on ralentira quelques heures si il faut...
 
Dimanche 8 avril
35°34'N - 49°58'W
247 miles entre hier midi et aujourd'hui midi. Qui dit mieux? Pour tenir une moyenne de 10.2 nds comme ça sur 24 heures, il faut souvent être à 12-13 nds. Ca pulse, pourvu que ça dure!
J'ai reçu hier un email me donnant l'explication de la panne du générateur. Il tourne à un régime trop élevé et donc la génératrice aussi, et elle produit 240V dès le démarrage. Supérieur de 120% au voltage programmé sur le régulateur, donc mise en sécurité. Il faut régler le régime, et trouver au millimètre près le réglage de la vis sur la pompe à injection pour obtenir 220V / 52.5 Hz au démarrage, le groupe tournant à vide (sans que la production de courant ne soit utilisée par aucun instrument/chargeur etc.. Ciré, lampe frontale, lunettes de vue (ben dame, j'aurai le nez collé à la pompe à injection, et maintenant, trop près, ma foi, je n'y vois plus aussi bien qu'hier...), et je plonge dans la salle des machines où se trouve le groupe. Il faut plonger vite, entre deux vagues qui balaient le pont, refermer très vite, sans quoi c'est l'inondation assurée et ce serait une assez mauvaise chose.
Bernard ouvre la trappe, je plonge, il referme et me voici dans le noir, le bruit assourdissant de l'eau contre la coque et des turbulences créées par l'embase du moteur là dessous. Ok, après avoir essayé ce réglage puis celui là et un troisième, bingo, ça tourne, bon voltage et bonne fréquence à peu de choses près. Nickel.
Lundi 9 avril
36°23'N - 46°10'W
Encore une belle tranche de navigation! 218 miles dans les dernières 24 heures, c'est super.
Par contre, mon réglage du groupe n'a pas tenu, et en fin de journée ce dernier a montré le même symptôme. Overvoltage. J'ai de nouveau essayé de le régler, sans succès. Je n'arrive plus à retrouver le réglage, soit j'ai "overvoltage", soit j'ai "undervoltage"... Je laisse tomber, on verra ça à Horta. Là, ça brasse trop.
 
Et les journées continuent de passer, les miles de défiler, la mer de moutonner, les nuages de passer fugitivement.
Au petit matin, nous avons vu sur l'horizon la tache blanche d'une voile. Il s'agissait d'une goélette de 30 mètres, "Johann Smidt", navire allemand emportant à son bord 26 élèves de Première et Seconde partis faire l'école en bateau durant un an. Ils ont quitté Hambourg il y a 5 mois et demi, et ont navigué vers Madère, les Canaries, le Costa Rica, Panama, la Colombie et les Antilles avant de reprendre la route de la maison. Conversation très sympa avec ces "djeunz" qui vivent certainement une expérience inoubliable.

Tous les soirs, nous avons droit à un spectacle superbe : la lune se lève, de plus en plus grosse, puis pleine, juste à l'heure de l'apéro. C'est tout de même assez magique d'avoir d'un côté le coucher de soleil qui embrase le ciel, de l'autre un lever de lune qui essaie de blanchir l'obscurité naissante. Cette pleine lune sera énorme, plus de place pour les étoiles!
Vous voulez lire une petite histoire sur le pourquoi et le comment de la pleine lune? C'est ici
 

Mardi 11 avril
37°39'856N - 038°58'304W
Grand calme... Depuis hier soir, le moteur tribord nous pousse à un petit 5 nds à peine. Le vent a molli progressivement, pour n'être plus qu'un souffle suffisant à peine à rider la surface de notre petit bout d'océan. Une longue houle d'Ouest nous montre qu'il n'est qu'endormi, temporairement.
Le fichier météo de ce matin nous annonce malheureusement un anticyclone -que nous venons de pénétrer- juste sur notre route, et se déplaçant pratiquement à la même vitesse et au même cap que nous. Cela ne fait bien sur pas mon affaire!
Et de s'installer la grande question dans ces cas de figure : les deux moteurs à leur régime de croisière pour essayer de passer devant cette bulle de calme, mais alors, si nous n'y arrivons pas, nous finirons les derniers miles à sec de combustible, et là, la date d'arrivée est plus qu'incertaine, ou continuer sur un seul moteur, moins vite, et dans ce cas nous restons dans la pétole, et pareil, pas suffisamment de fuel pour tout faire au moteur (restent tout de même 500 miles, grosso-modo).

Dilemne... (lemne :-)

Avantage de ce type de temps : on recommence à voir des bestioles. Hadas a aperçu un couple de dauphins cette nuit, et Bernard et moi une petite tortue à la surface, à 1 mètre du bateau. Elle dormait... D'autres dauphins (dauphin commun) sont venus parader devant les étraves dans la journée. "Johann Smidt" que nous avons eu en VHF plus tôt ce matin (ils nous ont rattrapés en avançant au moteur plus rapidement que nous...) nous a dit avoir vu un troupeau de baleines d'une dizaine d'individus. Chanceux!

 
Vendredi 13 avril
38°16'.181N - 032°07'.431W
Il semblerait que le vent veuille bien reprendre un peu de service, et à 15 h le genaker est de nouveau entré en fonction. Les moteurs nous ont bien aidé, un peu de repos maintenant ne leur fait pas de mal. Quant à nos oreilles, elles en profitent aussi!
Nous avançons maintenant à 7/8 nds sous genaker et grand voile, avec10 nds de vent réel par le travers, babord amure. Route directe sur le canal de Faial, et Horta, qui ne sont plus qu'à 164 miles! Ne chantons pas encore "Victoire" (ou "Morgane", ou "Roxane", family's inside joke!), c'est à la fin du bal qu'on paye l'orchestre et il ne faut pas dépecer le poisson avant de l'avoir pêché car tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse même si tu ménage ta monture pour aller loin et tout le tralala...

Au réveil ce matin, ma fine équipe a encore frappé fort : partout dans le carré (sur la table à carte, sur le micro onde, sur la porte du cockpit, sur un placard...) des feuilles arrachées d'un cahier avec écrit dessus "Bon anniversaire" en français, anglais, hébreu, espagnol. Eh oui, le skip a pris un an aujourd'hui... Ce sont des choses qui arrivent, même aux gens très bien :-)
Au déjeuner, un superbe brownie au chocolat est venu clôturer le repas, après un excellent blanc de poulet au four nappé d'une sauce aigre douce au vin-carottes-raisins secs-pruneaux. Délicieux. Le tout arrosé d'un petit Saint Emilion 2009 que j'avais choisi pour la circonstance. Café, clope, sieste :
On sait vivre à bord de Filosof!
 
Lundi 16 avril, Horta
Nous sommes donc arrivés samedi 14 en fin d'après midi, en pleine forme et sur un bateau en parfait état. Facile, après une traversée aussi calme!
Samedi, quelques heures avant d'arriver, nous avons eu le plaisir de suivre quelques minutes un couple de cachalots "d'un fort beau gabarit", puis d'assister à une chasse d'un grand groupe de dauphins communs occupés à se goberger d'un banc de thons paniqués. Superbe. J'aurais aimé faire "la" belle photo, mais ces bestioles sont très difficiles à coller sur le papier (enfin, sur les pixels...)

Une fois le grand nettoyage terminé, les petites vérifications effectuées, le mat et le gréement inspecté, nous sommes maintenant prêts pour attaquer la deuxième partie de ce convoyage.
La météo est excellente (pour ceux que cela intéresse, vous pouvez aller la consulter sur le site passageweather.com, section North Atlantic, sous-section Açores to Mediterranean), il faut y aller.
A bientôt donc.
 

Vendredi 20 avril
37°49'.481N - 017°04'.790W
Nous sommes en mer depuis mardi matin 11 heures et n'avons parcouru que 588 miles nautiques. C'est la catastrophe! Le vent annoncé par les fichiers Grib au départ n'est absolument pas celui que nous avons... L'anticyclone des Açores frappe à nouveau, s'étant décalé légèrement vers l'Est. Ce système météo s'acharne sur nous et nous prive des 20 noeuds de Nord prévus. Nous sommes au moteur depuis hier soir, et les fichiers reçus ce matin n'annoncent pas de changement avant les prochaines 36 heures. Dur dur. Nous ne pouvons même pas avancer à la voile appuyée par les moteurs, la houle est telle que la grand voile claque et bat et fait vibrer tout le bateau lorsqu'elle est haute. Pour ne pas abimer le matériel, j'ai donc du l'affaler. C'est fort dommage! La moyenne s'en ressent, et sans doute mon humeur aussi. Je suis moins causant lorsque je suis dans le petit temps, et encore moins au moteur! Chacun s'occupe comme il peut, soit dedans lorsqu'il pleut -et depuis hier matin, c'est souvent- soit dehors, chiffon à la main pour "faire briller". Hadas en profite pour nous préparer de bons petits plats, et un matin sur deux nous nous réveillons dans une boulangerie...


La journée d'hier a été cependant très active : au petit matin, sous un grain pourtant modéré, j'ai pris le 1er ris... qui a lâché 10 minutes après! Le taquet coinceur de la bosse de ris (très mauvaise marque que je ne citerai pas, conception du coinceur débile composé de vraies lames de couteau qui prennent le bout entre leurs machoires) a mangé la gaine de cette bosse de ris. Il a donc fallu prendre le 2è ris quelques minutes, puis une fois le grain passé, nous avons fait le nécessaire pour remplacer cette "corde" déficiente. Pas une mince affaire, passer un messager dans la bôme, passer la nouvelle bosse de ris, et renvoyer la grand voile pleine une fois l'opération faite. Cela nous a pris la matinée.
Dans le même temps, la pompe à eau douce de la coque tribord a rendu l'âme (encore la faute d'une plaque de composants électronique gérant la pression, le débit etc. C'est quand même dingue qu'on ne soit plus capable aujourd'hui de sortir des appareils fiables et simples qui fonctionneraient aussi bien que ces m... de trucs modernes avec circuits imprimés, ponts de diodes et tout le toutim!).

J'ai vérifié l'objet sous toutes ses coutures avant de diagnostiquer -avec l'aide de la doc technique de la pompe- cette panne électronique. Donc plus d'eau sur tribord. Pas grave, y'en a à babord direz-vous. Exact. Mais à babord, je suis seul, et à tribord, il y a Hadas et Bernard, et surtout, il y a la cuisine! Impensable de rester sans flotte de ce côté. Et bien sur, "l'excellent" bureau d'étude du chantier n'a pas pensé à ce cas de figure, et on ne peut pas basculer d'une pompe à l'autre en cas de pépin... Donc, l'après midi entière a été consacrée à déposer la pompe tribord et la remplacer par celle babord. Pas un gros soucis, mais comme de juste, ces engins sont placés à un endroit à l'accès très limité, dans les cales, sous le plancher, et il faut se contorsionner pour y arriver. Allez bosser tordu en deux, plié en quatre, de guingois, dans un trou sombre qui bouge de droite et de gauche! J'ai les mains en vrac, écorchés de partout sur les serflex, les colliers, les vis...Super sympa (la prochaine fois, t'as qu'à mettre des gants de travail, eh patate!)
Mais à la fin de la journée tout était rentré dans l'ordre. Il y a de l'eau dans la cuisine, et dans les salles de bain tribord.
Sauf que le vent a profité de ce que j'avais le dos tourné pour se faire la belle. Tssssss.

J'espérais arriver à destination pour le 26 avril, mais vu la moyenne que nous tenons depuis Horta, c'est maintenant impensable. Au mieux y serons nous le 28.
Ce qui ne me laissera guère de temps pour profiter de la famille à Aix avant de repartir sur la Martinique...
On verra bien.

 

Lundi 23 avril
36°14'.8N - 06°19'.9W
Nous sommes encore et toujours au moteur, parfois avec le Genaker et le Solent en ciseaux, mais rarement... Le vent est toujours aux abonnés absents!
Mon dernier petit "appel à tous, appel à tous, appel à tous" (c'est comme ça que commence un message diffusé par VHF et destiné à tous les usagers de la mer), je veux dire mon dernier courriel -que j'espère vous avez reçu- laissait libre cour au délire de l'équipage sur les variations "cata".
La moyenne est cata-strophique, le vent est tombé en cata-lepsie, nous n'avons pas été cata-pultés vers Gibraltar comme prévu, nous sommes donc à bord d'un cata-liseur, les pages des livres se tournent au même rythme que les pistons de nos moteurs -qui ressemblent plus à des cata-rpilar qu'à des Yan-amarre heureusement. Nous n'avons aucun ouvrage de Cata-lina (auteur Latin d'antan longtemps...) etc.etc.
Entre deux pages, "petit coton, badigeonnage..." Nous faisons briller les inox, je vérifie le serrage de tel ou tel élément, un coup de polish par ci, un nettoyage de filtre par là, les jours passent gentiment. Il n'y a pas grand chose à dire et je ne vais pas vous ennuyer avec les réflexions "Filosofiques" que l'inaction favorise.

Nous voici donc en vue des colonnes d'Hercule : le rocher de Gibraltar d'un côté, la montagne tabulaire de Tanger de l'autre. Hercule est sensé tenir écartées ces deux extrémités de continents. Pourvu qu'il ne relâche pas ses efforts, ça m'ennuierait de rester coincé au milieu!
 
 

Cerise sur le gâteau, un "soufflant" nous a rendu visite, sans que nous puissions toutefois déterminer à quelle famille il appartenait... Cachalot? Baleine? En tout cas, c'était un gros... Malheureusement il n'a pas daigné se laisser photographier.

Depuis le petit matin, le vent est revenu et nous déboulons à 10-12 nds poussés par Eole et par un courant portant de près de 2 nds. Avec en plus un ciel bleu à faire pâlir d'envie le plus beau champ de lavande en juillet. Il ne fait pas chaud, mais qu'importe, la Méditerranée est à portée d'étrave!

Toutes ces heures de moteur depuis Horta ont franchement allégé le bateau et il est impératif que nous fassions le plein avant de continuer.L'an dernier avec Oxygène, nous avons remonté une bonne partie de la Med au moteur, donc qui sait, si la même chose doit se produire, faisons le plein!
B. contacté par email comme chaque fois que j'ai besoin d'une info inaccessible depuis le large a réussi à me trouver les horaires d'ouverture de la station service de Marina Bay, au fond de la baie de Gib. 08:00 - 20:00. Nickel, nous devrions y être vers 19:15, top niveau,"pit-stop" façon rallye, on repartira sans laisser le temps aux pneus de refroidir.
Tsssss... Le skipper est un vrai débutant!
Je me suis salement planté dans la gestion de l'heure, entre l'heure de Horta, l'heure d'été, l'heure TU (temps universel, méridien de Greenwich). Résultat des courses, nous arrivons à 19:15 la bouche en coeur... pour trouver la station fermée car il est 20:15 à Gib!
Obligés de passer la nuit à quai à la station de fuel, fermée comme de juste, mais pas seulement au niveau des pompes. Des portes en fer forgé et fort haut nous privent du plaisir d'une bonne "pint of Ale" dans un pub very British de ma connaissance... Well, too bad ol'chap, you get to sleep now...
Demain sera un autre jour!

Nous sommes donc repartis le lendemain matin dès potron minet, bien poussés par un vent d'ouest d'une dizaine de noeuds, et courant portant. Malheureusement cela n'a pas duré, comme c'est souvent le cas dans ce coin. Une fois en Méditerranée, c'est souvent "la pétole" à cette époque de l'année.
Hadas au passage d'un paquebot de croisière : "on a tout pareil comme eux, non? Le "Ginto", le Whisky-coke, le Planteurpunch, la douche chaude dans le super saldebain, le très bon cuisine, nous aussi on peut joue avec les cartes et tout ; bon d'accord on a peut-être pas un piscine et le snooker (billardn n.d.t.), mais au moins on a pas tous ces c... autour de nous!
Le tout dit avec son délicieux accent...
MDR
 
Vendredi 27 avril
Le long de la côte espagnole.
Il ne s'est rien passé de bien folichon ces derniers jours. Moteur, moteur, et moteur... De fréquentes visites de dauphins nous ont amusés, intrigués, régalés. Cabrioles, roues arrières, sauts périlleux... Ils nous ont fait "la totale". Absolument grandiose, difficile à décrire... Et bien sur pas de photo.
Hier, aux abords du Cabo de la Nao (à l'ouest d'Ibiza) nous avons commencé à toucher un peu de vent, malheureusement contraire.
Puis les stations météo ont égrené les avis de coup de vent, de secteur Nord Est, pas vraiment pour nous faire plaisir. Et depuis ce matin, nous entendons "avis de grand frais force 7 à 8 de Sud Est en cours ou imminent".
Excellent pensais-je, juste ce qu'il nous faut. Mais la réalité est loin des prévisions. C'est un frais Nord Est qui nous a cuillis au nord d'Alicante, mer hachée, très désagréable. Nous avons du "tirer en côte" pour chercher une mer plus calme nous permettant de faire route, toujours au moteur. En fin de journée, d'abord sous trois ris, puis finalement sous grand voile pleine et solent, nous avons enfin doublé le Cap San Sebastian et pu faire route directe vers la Grande Motte.
Plus que 110 miles à courir, en attente du fameux coup de vent de Sud Est. Nous sommes prêts à "recevoir", bateau rangé, bouts clairs, bosses de ris à poste... Rien ne se passe.
Les moteurs ses sont enfin tus et nous avançons en route directe à 12 nds de moyenne, grand voile au premier ris, le vent commence à rentrer, Banzaï !
Demain matin, café et croissants chauds.
 

Samedi 28 avril
La Grande Motte!
Nous sommes arrivés ce matin à 9h30. Les derniers miles ont été parcourus à 12 nds de moyenne, poussés par ce fameux Sud Est que nous attendions. Le soleil s'est levé dans un ciel du plus beau rouge, avec de nombreux cirrus, signe que le vent allait bien se lever.
A peine étions nous amarrés correctement le long du quai que la capitainerie hissait les pavillons indicateurs de vent violent. Peu de temps après, le port était fermé... Et pour cause, il soufflait alors un copieux force 8, rafales à 45 nds enregistrés sur l'anémomètre du bateau. L'orientation des jetées du port de la Grande Motte fait que l'entrée devient délicate, sinon hasardeuse dès que le vent et la mer rentrent fort du Sud Est. Nous sommes arrivés juste à temps.

Aux amarres doublées voire triplées et à tous les pare battages de faire corps entre eux pour protéger Filosof. Nous avons bien bossé, à eux de prendre le relais!

En chiffres :
- Durée totale du convoyage, escales comprises : 28 jours
- Nombre de jours de navigation effective : 25 jours 12 heures
- Nombre de miles parcourus : 4643 miles (distance en ligne directe = 4100 miles)
- Moyenne générale : 7.59 nds
- Nombre d'heures moteur : difficile à dire... Les moteurs ont tourné principalement pour charger les batteries. Mais disons que nous avons fait environ 200 heures de moteur sur le tout, ce qui est énorme!
- Consommation moyenne des moteurs : 3.45 L / heure à 1400 tr/mn, 4.5 L / heure à 1800 rpm. Mais là encore, ces chiffres sont aléatoires car les moteurs n'ont pas toujours tourné en charge.
- Nombre de poissons : 3 (2 énormes coryphènes dont nous avons mangé le dernier filet à Horta et un thon d'un gabarit fort respectable). Il faut dire qu'une fois le congélateur plein de dorade, la ligne de pêche n'a plus touché la mer jusqu'à Horta.

Et voici une autre belle page de tournée. Ce convoyage restera un de ceux qui marquent, merci à Hadas, à Bernard, et aux responsables du bateau (agent et propriétaire) qui ont bien voulu me faire confiance et me donner ainsi l'occasion de me régaler sur ce beau bateau.

Dimanche 29, retour sur Aix avec les parents, et mardi 1er mai, avion direction la Martinique avec Hadas pour le convoyage suivant, à lire ici

 

 

 


Quelques convoyages :
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