Aventure Convoyages : plus qu'un métier, une passion
Oxygène - Nautitech 47

Saint Martin - Marseille
Mai 2011

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08 mai, à quai à la Marina de Fort Louis, Marigot, Saint Martin.

Je suis arrivé à St Martin il y a maintenant une bonne semaine, après une remontée de Martinique en solo des plus agréables!
Une semaine, c'est le temps qu'il m'a fallu pour finir la préparation du voilier, entre quelques petites fuites de fuel sur le groupe, une pièce à changer sur le dessalinisateur qui n'est toujours pas livrée, une courroie à retendre ici, une pompe de cale à vérifier là, faire un transfilage sous le trampoline qui me semblait un peu "cuit" (mais qui tient toujours, c'est juste une sécurité), et la vérification du bateau en 66 points, en suivant mon habituelle "check list".

Et le temps également de trouver l'équipier que m'imposent les assurances...
Nous sommes maintenant fin prêts, tous les pleins faits, avitaillement rangé, je prévois de quitter le quai demain lundi vers 12h, à condition que la pièce pour le dessal soit arrivée, et après avoir relevé une dernière fois les emails, et vérifié la météo en "live". Après, ce sera fichier GRIB tous les matins pour avoir une carte des vents, comme d'habitude.

 
Lundi 9 mai
La pièce que nous attendions pour le dessalinisateur est arrivée.
Malheureusement, ce n'est pas la bonne!
J'ai reçu la pièce noire du haut, mais c'est la pièce rectangulaire blanche d'en dessous dont nous avons besoin. C'est de là que l'eau produite est répartie, vers la mer si l'eau est saline, vers les cuves si elle est bonne. Et elle fuit vraiment trop dès qu'on monte la pression au delà de 40 bars. Ce qui donne une production d'environ 40 litres de l'heure, au lieu de 100 litres/heure si je
pouvais monter la pression à son niveau normal de fonctionnement, à 60 bars. Au prix du fuel nécessaire pour faire tourner le groupe électrogène, il vaut mieux optimiser la production, n'est-ce pas?
Pendant ce temps, un joli flux de nord ouest nous passe sous le nez à environ 100 miles au nord d'ici.
Rageant!
Et certains pensent qu'on fait exprès, sous le charme de quelque touriste blonde de passage...
   
Jeudi 12 mai
Avec finalement une semaine de retard, nous sommes maintenant fin prêts, let's go, on "démouille" !
Les conditions ne sont pas les meilleures, mais qu'importe la pluie et les nuages, le vent est favorable, il faut décamper et en profiter! Je n'ai pas que ça à faire, j'ai un anniversaire à fêter à la Ciotat le 12 juin!!
Vendredi 13 mai
Nous avançons doucement, trop doucement à mon goût... La journée a été une succession de calmes, de grains forts, de changements de vent, nous obligeant à faire des changements de voile, des manoeuvres diverses, démarrer les moteurs, éteindre les moteurs, pour essayer de garder une moyenne décente... Les fichiers météo que je télécharge grâce à mon pote Iridium ne me montrent rien de bien sympa : pétole devant, pétole sur les côtés... Une bulle de haute pression nous barre le chemin. Je décide donc d'essayer de la contourner par le sud est, on verra si c'est payant...
   

Samedi 14 mai
Position 20°53'N et 58°59W à 14 heure (heure du bord, soit 17:00 TU)
. La vitesse oscille entre 3 et 7 nds, en fonction des grains qui passent, et des sautes d'humeur de ce vent capricieux en force et direction. Ce qui ne nous a pas empêchés de faire connaissance avec un magnifique marlin bleu de 1,80 m et environ 15-20 kg. Que ce poisson est beau quand il sort de l'eau! Presque aussi coloré qu'une dorade coryphène...

Sauf que ce bougre (sans aucun doute une mauvaise éducation, aucune conversation, un grave manque de classe) m'a planté son rostre dans le tibia alors que je le remontais à bord!

Pas grave, luttons contre l'infection : un coup d'alcool à 70° sur la plaie, un coup de rhum à 50° dans le gosier, et on n'en parle plus.
Le guerrier rentrera avec une cicatrice de plus à l'issue de ce féroce combat :-)


A peine le poisson était-il taillé en filets qu'un gros grain s'est annoncé, violent, le vent montant d'un coup à 40 noeuds réels, avec une pluie vraiment très, très forte. Superbe spectacle que cette eau qui fume autour du bateau, combinaison de la pluie qui frappe la surface de la mer et du vent qui chasse les "éclaboussures" à l'horizontale. Malheureusement je n'ai pas pu prendre le temps de la photo, coincé que j'étais à la barre, plein pot, tout dehors, à 11-12 noeuds de vitesse, et 120-130° du vent. Le bateau passe superbement bien, je sens qu'on va bien s'entendre.
Mais le prochain grain, j'essaierai de ne pas le laisser me surprendre. Que voulez-vous, on ne peut pas être en même temps concentré sur le poisson, et sur les nuages bas ;-)

   
Dimanche 15 mai
Le ciel est encore et toujours gris plombé, parsemé de gros nuages noirs inquiétants. Si je ne connaissais pas la météo du moment, je m'inquièterais de savoir s'il n'y a pas une onde tropicale ou pire en cours de formation... Le vent est faible, la moyenne s'en ressent et se rapproche plus des 4 noeuds que des 6 que j'aimerais garder. La nuit se passera au moteur, malheureusement. Et le niveau de fuel baisse désagréablement, bien sur. Il faut que le vent se lève et s'installe, sinon ça va être plus que juste, ce sera franchement insuffisant malgré les jerrycans embarqués "au cas où"...
Et encore cette fichue pluie qui continue.
   

Lundi 16 mai
Une journée commencée à 08:00h avec l'extinction des moteurs et l'envoi du grand genaker. Et vas-y "Oxygène", file au bon cap, route directe, à 8 noeuds de moyenne avec 10 nds de vent apparent au près bon plein. La mer est quasiment plate, enfin il ne pleut plus, le soleil se montre même timidement, ça fait plaisir! Nous nous offrons enfin une belle tranche de voile, jusqu'à 21:00, puis le vent tombe doucement après un excellent dîner à base de poisson bien sur.

En fin d'après-midi, l'extrémité de la première latte forcée (un jonc en fibre de verre de 18mm de diamètre et 4 ou 5 mètres de long) casse juste à la jonction de la cage en plastique dur dans laquelle il s'emboite et sur laquelle est fixé le chariot qui coulisse sur son rail, le long du mat. Les lattes forcées permettent de donner du galbe à la voile, entre autres. Celle-ci est la première, juste au dessus du 1er ris.

Le 2è ris est donc pris pour voir comment réparer ça, et je pense avoir la solution.
Il faut récupérer le bout cassé dans la "coquille", le couper à moitié, le remettre, et remettre le jonc en serrant plus loin la vis qui l'empêchera de sortir de son fourreau sur la chute de grand voile.
Action.
On renvoie la voile haute, et ça a l'air de tenir. Impeccable. Nous n'avons perdu qu'une heure...

Las, a minuit, alors que le vent est de nouveau tombé et que nous sommes au moteur, j'entends un "poc" significatif : quelque chose vient de tomber sur le pont. Quoi? Où? Kivala?!
La lampe frontale à sa place c'est à dire sur mon front (eh oui, sinon elle ne s'appellerait pas "frontale", cqfd), je pars mener l'enquête. Et je trouve au pieds du mat le bout de jonc coupé pour servir de cale. A force de se balader de droite et de gauche sous l'effet de la petite mer et par faute de vent, la voile a délogé le jonc de sa cage et ce dernier commence à se faire la male!
Hop, à prendre le premier ris, et avec des gants, à enlever ce foutu jonc, direction le pont. Heureusement que la mer n'est pas formée...
Il est 1h du matin, nous sommes au moteur, 1er ris, ça restera comme ça jusqu'au matin.
Et je ne vois pas d'autre solution que de continuer sans cette latte jusqu'à Horta. Là bas, il faudra couper un bout de jonc de 15 cm sur un morceau en réserve à bord, le manchonner dans un petit tube inox et remonter le tout. Je pourrais faire ça maintenant si j'avais un bout de tube inox de 20 cm de long et au bon diamètre. Le bateau a beau être très bien équipé en pièces diverses, on ne peut pas tout avoir à bord...
La nuit porte conseil, je vais y penser une fois mon quart fini, à partir de 4h du matin. A moins que je ne décide à ce moment de dormir pour de vrai, sans rêves ni pensées techniques...

   
Mardi 17 mai
La solution à ce soucis de latte était sous mes yeux... Le tube inox dont j'avais besoin était tout simplement en place, dans la "cage". En fait il semble cette latte ait déjà été manchonnée, mais "à sec". La latte s'est donc tout simplement déboitée de son manchon, il m'a suffit de récupérer le manchon et le bout qui était dedans, et remonter le tout correctement en le collant au Sikaflex (un mastic/colle hyper résistant). Cela à été fait le matin à la première heure, le soleil à chauffé le tout pendant la journée et dans l'après-midi, une fois tout bien solidifié, la latte a retrouvé sa place.
Impeccable.
Nous avons retrouvé une belle grand voile, et le vent s'est un peu levé, tout timidement.
Moteurs éteints, nous avons profité de ce calme pour transvaser le fuel embarqué en réserve dans chaque réservoir (catamaran, donc deux coques, deux moteurs, deux réservoirs...). 65 litres dans chaque ont fait remonter le niveau quasiment au plein, nous avons donc de nouveau environ 100 litres dans chaque réservoir, de quoi voir venir pour les prochains calmes...
Mer plate, petit vent, petite vitesse à 6 noeuds, le ciel est enfin dégagé et la pleine lune (ou presque) illumine le ciel, son reflet scintille de mille feux sur la mer, c'est magnifique....
Petit à petit le vent monte et notre vitesse également. Dès qu'Oxygène touche 15 noeuds de vent réel, il accélère franchement, c'est un plaisir. On tape régulièrement les 8, 8.5 nds...
Mais en dessous de 15 nds, il a du mal à déplacer ses 16 tonnes!

19 mai
Le vent s'est enfin levé pendant la nuit, et nous pouvons enfin nous régaler avec une moyenne qui oscille entre 7 et 8 nds. On se prend à rêver d'un vent établi comme ça jusqu'au bout...
Quelques nuages d'alizés passent au dessus de nos têtes, moutons blancs immaculés dans un ciel limpide. Rien à signaler, on avance, pourvu que ça dure!
Contact radio avec un cargo ("Great Intelligence", en route pour l'Inde par le Cap de Bonne Espérance, ils ne sont pas encore arrivés!!), salutations d'usage, etc. J'en profite pour lui demander si il voit d'autres voiliers sur son radar, car je sais qu'un autre bateau est parti 24 heures avant nous, mené par une jeune "skipette" et un marin anglais. Nous sommes en contact par email, et elle ne devrait plus être loin devant nous. Il ne voit rien sur son écran radar... Par contre, quelques minutes après il nous appelle à nouveau en VHF pour nous dire qu'il a un voilier en visuel à une dizaine de miles devant lui, donc mettons à 20 miles sur l'arrière notre travers tribord. Ce ne peut pas être "Antinéa" que la position communiquée le matin plaçait sur notre avant babord. Nous sommes donc plusieurs dans un mouchoir de poche rapporté à la taille de l'océan. Normal, c'est la saison...
Le vent refuse doucement, en mollissant. Je m'attends à ce qu'il vire à l'Est et nous oblige à monter vers le nord, quittant ainsi la route directe. Et au nord, une bulle de hautes pressions nous privera de vent! Dommage, le coup de speed n'aura pas duré longtemps.
Dans la nuit, nous sommes amenés à virer de bord pour éviter un pétrolier monstrueux qui nous vient droit dessus. On a beau savoir qu'on est prioritaire, c'est comme le vélo devant le camion, mieux vaut faire profil bas.
Dans l'après-midi, je repère au loin, sur l'horizon, une petite voile blanche sur notre quart avant tribord. Serait-ce celui annoncé par "Great Intelligence"? J'en doute, car cela voudrait dire qu'il nous aurait dépassés pendant la nuit, et à la vitesse où nous allions ce me semble peu probable. Donc encore un membre de cette transhumance...
Enfin d'après midi, la refusante attendue est là et nous pouvons virer pour reprendre une route directe ou presque, faisant du 100° au lieu du 80° demandé. Ca nous rapproche tout de même mieux que le plein Nord que nous faisons depuis le milieu de la nuit dernière.

La pêche ne donne rien, cet océan est vide! Par contre les oiseaux sont là, fous de Bassan, puffin des anglais, pétrels... Malheureusement un petit stern a trouvé notre leurre bien attirant et a plongé dessus! La pôv'bête s'est pris l'hameçon dans le bec, et c'est un oiseau mort et à l'aile déboitée que nous avons remonté à bord... Dure réalité qu'est la vie d'oiseau...


20 mai
Minuit : Nous avons dépassé le voilier aperçu plus tôt dans la journée, sans avoir réussi à rentrer en contact radio avec lui. A mon avis, il fait comme moi, radio éteinte...
Le vent a tourné en début de nuit, nous l'avons maintenant de face, plein Est, à 5 nds. Pour faire route à la voile, il nous faudrait faire un cap dans les 350°, impensable, donc nous avons pris l'option voile-moteur à 1500 tr/min et avançons sur la route à un petit 5 nds. Pfff... Quand donc aurons nous un vent franc et net??
A en croire le dernier fichier météo téléchargé, nous sommes dans une bulle, une transition, un changement de régime, qui devrait durer 48 heures. Après, il devrait rentrer un bon flux d'E-SE qui nous permettra de foncer vers Horta. Le fichier demandé pour les prochaines 96 heures montre un flux bien établi, j'espère que nous arriverons à attraper cet ascenseur qui ouvrira ses portes devant nous dès la nuit du 21 au 22, mais à quelques 150 miles devant nous. Et je ne peux courir le risque d'y aller à fond au moteur, car je dois garder de la réserve pour négocier l'anticyclone qui traine toujours du côté des Açores et qui fait qu'en général les derniers 200 à 300 miles se font dans la pétole...
   

22 mai, 03:30 TU, minuit et demi à bord.

Copie du rapport quotidien envoyé au propriétaire :
"...
La nuit dernière s'est passée au moteur (17h à 07h locales), puis le vent est rentré doucement d'ESE.
GV et Genaker toute la journée, doucement d'abord puis à une moyenne de 7 à 8 nds.
Depuis hier soir 19h sommes sous GV + foc, 60 à 70° du vent, ESE 10 puis 15nds.
On avance route directe cap au 80, vitesse 7,5 / 8,5 nds réguliers, ça fait plaisir!
Par contre pas de poisson depuis le marlin du départ, c'est la disette... Pourtant j'ai tout fait comme conseillé, deux lignes, poulpe/raphia, plomb et tout ...
J'ai du refaire une mise à niveau des batteries, encore quelques éléments secs alors que j'avais tout vérifié et remis à niveau il y a 2 ou 3 jours. A mon avis y'a un pb de régulation ou je ne sais quoi, c'est tout de même pas normal que l'électrolyte s'évapore comme ça...
Position ce 22 mai à 03:30 TU : 31° 25 N 48° 29 W
On avance très agréablement bien, la mer est encore assez plate, pourvu que ça dure!
Je surveille toujours cette dep. située approx 24°30 N 50°23W dans les prochaines 48 h d'après Mister Grib. On va bénéficier d'un joli flux de SE 20 nds et plus, super!
..."

Pendant ce temps, DSK se prend pour Michael Douglas au lieu de se faire un match à 5 contre 1, Quelqu'un aurait du lui dire que F.M.I. ce n'est pas "Femme de Ménage Incluse"...
Kadhafi se prend pour un pitbull qui ne lâche pas sa proie, Sarko pense qu'un nouvel héritier l'aidera à faire remonter sa cote de popularité dans 12 mois, et les Canucks lorgnent la Stanley Cup...
A chacun son rêve...

 

Du 22 mai à notre arrivé à Horta (accrochez-vous, y'en a quelques lignes!)

« Long time no see », comme on dit…
Cela fait maintenant exactement 14 jours que j’ai quitté St Martin avec "Oxygène", et un Philippe inconnu auparavant. Première fois que je rencontre un marin qui se déplace avec 10 kg de cours (Capitaine 200) mais pas de ciré ni de bottes... No comment...
A notre départ, je vous ai juste envoyé un petit mot disant « on y va », si je me souviens bien. Je n’ai pas accès au serveur depuis lequel je vous ai envoyé ce message, donc je ne me souviens pas… Ceux qui me connaissent bien savent que mon disque dur « cervellesque » laisse parfois à désirer en termes de mémoire…
Quatorze jours de mer, donc, et nous sommes aujourd’hui à quelques 350 miles dans l’Ouest de Horta sur l’île de Faial, que nous avions découverte il y a exactement 23 mois jour pour jour avec François sur Mélina.
Les conditions sont bien différentes cette année qu’en 2009…
La principale différence est que je me trouve sur un voilier, un vrai voilier, bien sous tous rapports comme on pourrait dire d’une personne avec laquelle on s’apprête à passer autant de temps.
"Oxygène" est bien construit, mais surtout bien entretenu par un propriétaire qui est sans nul doute quelqu’un d’averti des choses de la mer. Nous avons passé ensemble 4 jours à peaufiner la préparation, changeant ceci, améliorant cela,  modifiant ici ou transformant là.
Résultat des courses : je n’ai pratiquement pas vu la « caisse à clous », petit nom affectueux que nouzôt donnons à la caisse à outil, depuis le départ.
Dire qu’elle n’a jamais servi serait mentir, mais rien à voir avec la dernière traversée durant laquelle, souvenez-vous, cette « boite à clous » servait d’oreiller… Des petites bricoles ici et là, sommes toutes bienvenues pour casser la monotonie d’une traversée bien tranquille.

En parlant de vent, quelles sont les conditions actuelles ?
Oxygène se prend pour un Apaloosa, pour un cheval sauvage Ouzbek, pour un petit chaton en plein délire… Ca rue, ça se cabre, ça saute de gauche, de droite, ça cherche à désarçonner tout ce qui n’est pas peint (« dans la Marine, tout ce qui bouge, tu le salues, tout ce qui ne bouge pas, tu le peins… ») à telle enseigne que l’ordinateur, posé sur la table du carré, gigote de telle façon qu’un « a » se prend pour son voisin le «z », ou telle lettre pour une autre, allez, ça dépend de ton clavier… Pourtant, le vent n’est pas fort, pas du tout. Même, je crie « donnez moi, donnez moi enfin du vent… » pour  parodier Diane Dufresne… L’oxygène, je l’ai sous les fesses, Diane. Alors tu m’excuseras si je change les paroles de ta chanson !
Peu de vent donc. Un petit 10-15 nœuds. De la rigolade diront les connaisseurs. Bien vrai.
Mais ce qu’il y a, c’est que ces 10-15 nds lèvent une petite mer courte, hachée, de l’Est, et nous devons aller vers l'Est (c'est à dire un vent et une mer franchement contraires). Le vent est Est, nous devons faire de l’Est, et cette petite mer hachée se trouve, comment dire, dérangée, chamboulée, par une très longue houle de Nord, laquelle est elle même perturbée par la longue houle de Sud Est résultant des derniers jours de ce vent qui nous a tout de même permis de belles moyennes sur 24h (Ouuuh, c'est compliqué tout ça!).
Avec nos 180 miles/jour sur les dernier 3 jours, nous sommes loin, très loin des 250 miles / jour parcourus avec Mélina exactement 23 mois auparavant.
Bref, nous avançons péniblement, doucement, vers les Açores en tirant des bords sur un catamaran qui  n’est absolument pas le genre de bateau qui se prête à cet exercice… Pour ceux qui naviguent, je vous laisse juger : 130° bord sur bord !! Ca fait peur….
Ceci dit, il est un peu normal que nous payions aujourd’hui le grand pieds que nous avons pris les jours précédents : un  vent généralement favorable, la mer belle, une moyenne honorable, que du bonheur !
Avec bien sur quelques décharges d’adrénaline sans lesquelles tout ça aurait fait figure de monotonie fonctionariale… Le grain, le marlin et le reste.

Quelques jours plus tard…
J’ai du laisser cette mise à jour en plan car alors que je vous écrivais, le groupe électrogène s’est subitement arrêté. Il travaillait à recharger les batteries du bord et produire un peu d’eau pour la vie du bord. Comme il faisait sombre, j’ai reporté au lendemain l’inspection qui –je l’espérais bien- allait révéler la cause de cette mise en sécurité, toute simple, à résoudre en deux minutes après le café du matin...
Le lendemain donc, en tenue d’inspecteur technique, je suis allé m’enfermer dans le coqueron où est logé ce groupe. Il est dans un coffre, légèrement en avant et à droite du mat, accessible par un large capot, qu’il est bien sur impensable de laisser ouvert alors que nous avançons dans une mer qui commence à être formée et à envoyer ses embruns salés sur l’avant du bateau. Situation guère confortable mais tout à fait supportable.
La panne a été rapidement trouvée, il s’agissait tout simplement de la courroie qui était détendue, et n’entraînait donc plus la pompe qui fait circuler le liquide de refroidissement. Pas la peine d’avoir un CAP de mécanique pour résoudre ce petit soucis. Ce fut fait, et le groupe a gentiment tourné les deux heures nécessaires à la production d’eau douce.
Petit à petit, dans la journée, le vent est monté à 15 nds réels, puis 20nd, "temps de jeune fille" diront les marins. Absolument vrai. Mais ajouté à notre vitesse, ça fait monter les chiffres. Dans une proportion toujours tout à fait raisonnable, "Oxygène" peut vaillamment prendre jusqu’à 25 nds apparents au près (enfin, presque...) toutes voiles dehors, ce n’est pas le problème.
Les grains ont commencé à se succéder, parfois forts, jamais violents, toujours impressionnants. La mer, continuant de se former, croisée, hachée, agressive, déferlant lorsque "la mer du vent" entrait en compétition avec une longue et très creuse houle résiduelle de Nord, a rapidement rendu la vie à bord très inconfortable. Le propriétaire ayant entrepris des modifications et améliorations dans la cuisine n’a pas eu le temps de replacer les portes sur les placards et assiettes, verres et autres ont rapidement pris leur indépendance, traversant le carré à chaque ruade ou brusque écart d’ "Oxygène-chwal sauvaj". Toutes ces petites choses que nous avions l’habitude de voir sagement rangées et dociles ont subitement pris vie et entamé des petites balades improvisées. Oranges et pommes quittant le panier à fruit se sont prises d’amour pour notre fameux jeu de pétanque, cafetière électrique qui décide de se pendre haut et court devant tant de déchainement hostile, ordinateur trouvant la table trop inconfortable décidant de voir un étage au dessous si l’air y était plus doux, un perroquet décoratif sur son perchoir décidant de s’envoler vers d’autres cieux plus cléments –c’est bien légitime pour un perroquet, allez-.


Ont alors commencé deux journées et nuits très éprouvantes.
Le bateau tapait, tapait, tapait encore, une étrave plongeant dans la vague en chute libre tandis que l’autre tentait de battre des records d'ascension, le cockpit devenant ce cheval sauvage qui tente par tous les moyens de te désarçonner de ta selle, et les embruns, la mer et toutes se particules alliées en une armée fatale rinçant encore et encore ce terrain insolite.

Dans le même temps, un voilier démâtait à une cinquantaine de miles derrière nous, un autre explosait son hale-bas, un troisième faisait de son génois un joli tas de chiffons pour nettoyer les cales …
Juste après, un magnifique ketch nous laisse sur place. J'apprendrai à Horta que c'est "Steinlager", anciennement à Peter Blake. Rien à dire... Il est apparu à l'horizon, loin derrière nous au petit matin, et nous a doublés en milieu de journée. Mais on ne compare pas les Ferraris et les mobilhomes, aussi confortables et performants soient-ils...

Les échanges d’emails  sont allés bon train entre un petit groupe de 5 voiliers qui s’est constitué un peu au départ, un peu en cours de route."Antinéa" et "Nuage" se sont déroutés pour aller livrer un peu de fuel au voilier démâté, Valérie a joué de la perceuse et réparé son hale-bas de façon provisoirement définitive, et voilà.
Nous sommes passés sans encombres au travers de cette petite période de mauvais temps tout relatif, grâce à un bateau bien entretenu par son propriétaire, bien préparé par ce dernier et moi-même, et, n’ayons pas peur de le dire, sommes toutes bien mené par son skipper (personne ne m’offre de fleurs, alors je m’en charge :-)
Après cette période navigation fatigante, une autre période non moins éprouvante a commencé…
Le Grand Calme Plat. Hooooouuu…
Le marin le redoute, je le Déteste !
Petit vent, et venant de l’Est où nous devons aller. Si nous étions sur un monocoque, nous pourrions tirer des petits bords (enfin petits, d’une douzaine d’heures) pour rester au plus près de la route directe. Avec un catamaran, c’est impensable. Il faut tirer de longs bords, d’un ou deux jours. Alors quelle option choisir ? Le bord Sud ? Le bord Nord ? De toute évidence, il faut choisir le bord dont l’angle avec la route directe est le plus faible. Facile.
Ben non.
Car le bord en question risque de nous amener vers encore plus de calme. Dixit le fichier de Mister Grib.
Ok, option Nord, c’est parti. Ca devrait adonner d’ici 48 heures pensais-je en lisant ce fichier. Ma foi, cela aurait été valable si nous avions été plus rapides. Mais dans cette mer résiduelle, le bateau fait deux pas en avant, un saut sur le côté, un entrechat en arrière… Quelques heures plus tard, nous ratons l’adonnante, le vent refuse et nous fait partir plein Nord.
Pas bon, on vire.
Et là, cata-strophe.
Vous avez entendu parler des « bords carrés » ? Ce sont des bords que tu tires et après lesquels tu te retrouves juste quelques tout petits miles en avant de là d’où tu es parti… Pfffff… Sur 48 heures, nous faisons 300 miles sur l’eau, mais sur le fond, cela ne correspond qu’à 100 tout petits miles en route directe. Quel temps perdu ! Et ça dure, et ça dure… Mister Grib me dit que là haut, loin sur le 40ème Nord, le vent va virer au Nord Est dans 72 heures et rentrer à 15-20 nds. Ok, on vire, et on arrête de tirer des bords carrés, monte là haut, fonce, tâche moyen d'arriver là haut avant que cela ne change d'avis !

Derrière, "Antinéa" se rapproche gentiment. La honte! Valérie a une sacré expérience (elle navigue en solo sur son Hunter 43 la plupart du temps), mais quand même! Un extrait de communication email en mer :
"...Je suis une femme et mon bateau aussi, alors tu comprends Deux nana ensemble on a la niaque!..."
Pour la petite histoire, elle est partie 24 heures avant nous, et est arrivée à Horta 24 heures seulement après nous. Chapeau. J'étais persuadé que nous lui mettrions au moins 3 jours dans la vue... Prétentieux, va!

Je parle souvent de "Mr Grib. Qui est-ce?
En voici une photo, prise le 14 mai. Nous sommes le petit point rouge, en bas à gauche. Les flèches nous donnent la direction du vent et sa force. Une demi barrette, 5 nds. Une barette complète, 10 nds.
Vous voyez que là où nous sommes, il n'y a pas beaucoup de vent ce 14 mai. Par contre, ailleurs, de jolies flèche rouges me narguent...

Mais laissons l'instantané de Mister Grib du 14 mai, revenons à aujourd'hui, entre le 25 et le mai.
Encore une fois le fameux anticyclone des Açores se fout de nous et joue au chat et à la souris. A peine sommes nous arrivés là où le vent devant devenir favorable que le bougre se déplace rapidement et nous tombe dessus. A nouveau la pétole, et de Sud Est par surcroît…
Scotchés à 2 nds… Patience mon gars, patience. Occupe toi plutôt à faire un peu d’entretien…
Car ce que j’ai oublié de mentionner, c’est que le groupe électrogène a de nouveau décidé d’arrêter toute coopération. Là, j’ai sorti mon CAP de mécanicien factice téléchargé sur internet, je suis allé le voir et je lui ai expliqué le coup. Rien à faire, le gars a continué de me regarder d’un air narquois en me disant qu’on ne la lui faisait pas, que c’était pas parce que je venais le trouver habillé d’un bleu de travail acheté au rabais à la foir’fouille et d’un mauvais faux en écritures qu’il allait se remettre au boulot, qu’est-ce que tu crois, les syndicats de Groupe c’est pas pour les chiens.
J’ai tout essayé, la persuasion Impeller, la roublardise Filtre, la subordination des SondesSécurité, le décalaminage du collecteur d'échappement, niet, nada, rien, que dalle, « y’a pas d’arrangement ». Nous voilà sans groupe électrogène depuis 48 heures, les batteries sont au plus bas, le fuel insuffisant pour faire tourner les moteurs et recharger ces dernières, je veux le garder pour l’arrivée où je sais que j’en aurai besoin. Nous sommes en mode « spéléo », frontale en service dès que tombe la nuit, l’énergie produite par les panneaux solaires (quand il y a du soleil, et on peut pas dire que ce soit trop le cas) et par l’éolienne (quand il y a du vent, et là encore, on peut pas dire…) étant économisée pour le pilote automatique, l’électronique , l’ordinateur et Iridium (paske faut pas oublier que je dois également m'occuper d'Aventure Voyages -soit dit en passant, vous devriez regarder les locations de motorhome, les cours d'anglais, ou les croisières au départ d'Ushuaia - j'adore me faire de la pub! et hop, un petit lien texte, good for Google :-)

Comme me l’écrivait un client avec lequel nous échangeons pas seulement au sujet de leur prochain voyage, « lorsque le vent souffre à 10 nds, il se soigne rapidement à 20… ».
Nous n’en sommes pas encore là, mais effectivement, le vent est rentré doucement depuis ce matin et nous faisons maintenant route directe sous grand voile et genaker vers Flores à 50 miles, et Horta à 120 miles.

Nous y serons dans la nuit de lundi à mardi si les conditions restent comme ça.
Le Café Sport « Chez Peter » nous attend, nous y avons rendez-vous avec bière, steak frites et autres marins volubiles qui racontent leur meilleure traversée avec tellement de tempêtes ou de calmes plats qu’à les entendre on ne peut que se demander « kesvoufoutez dans ces galères, pouvez pas prendre l’avion comme tout le monde ?? ». Certains doivent arriver à la même conclusion en me lisant. "Tempête à l'aller, t'en ch... au retour" hahaha, humour de comptoir en fin de traversée...

Et bien oui, encore et encore, si j’ai le choix et le temps, entre l’avion et le voilier, je choisirai encore et encore le voilier, ses galères, ses défis, et l’extrême plaisir que j’ai toujours à contempler la mer, à prendre le temps, à me creuser pour trouver la solution, me reposer quand ça marche, me battre pour que ça marche, et me délecter, à l'arrivée, de la bonne bière sur la bouteille de laquelle est écrit «Man, you made it once again! Cheers! »

   
Horta, 31 mai - 4 juin

Nous sommes arrivés à Horta le 31 mai à 15:00, après 18 jours de mer sommes toutes vraiment tranquilles et décevants par l'absence quasi chronique de vent cette année. J'aurais aimé plus de vent, plus de mer, plus d'adrénaline. Ceux de la famille et des amis avec qui je corresponds régulièrement savent ce qui m'a le plus pesé durant cette navigation!! -et ce n'est pas fini-
Anyway.
Arrivés au moteur, je me rapproche du quai de carburant. Il y a déjà 3 voiliers à couple les uns des autres à la station, un quatrième ne peut s'y mettre. En attente donc, avec un petit vent qui nous pousse sur tous les voiliers amarrés à quai. Tout baigne, j'ai deux moteurs, deux hélices, et ce bateau se bouge comme un petit vélo.
Quand il a TOUTES ses hélices!
Tu y crois toi? Juste quand je décide qu'il faut se dégager un peu, le bateau réagit bizarrement, ne tourne pas comme je le lui demande pour m'éloigner, mais au contraire, me rapproche des autres!
Kespasstil?? Pas normal ça! J'avorte la manoeuvre un peu en catastrophe, faisant arrière toute du seul moteur qui semble réagir, sous les yeux un peu inquiets -je l'apprendrai après- de ceux qui se sentaient, à juste titre, menacés par les deux étraves droites qui leur venaient dessus.
Dégage dans l'avant port, repart en marche avant, sort du port pour ne pas fracasser personne, au cas où. Je suis prêt à jeter l'ancre si il faut. Première réaction : l'inverseur (la "boite de vitesse") est dans le sac. Je descends dans la salle des machines pour vérifier ça, ma foi, ça a l'air d'embrayer correctement, j'entends bien le "clong" significatif des cônes qui collent... Je ressors, mets un masque, plonge la tête sous l'eau, et surprise : plus d'hélice!!
J'ai un peu de mal à y croire mais c'est ça.
Heureusement le propriétaire à mis deux hélices de rechange dans le bateau. En fait il avait fait remplacer les deux hélices bipales fixes par deux hélices repliables type "bec de canard". Et bien un canard s'est pendu, avec une mer si froide, tu penses bien!
Ok, jette l'ancre dans l'avant port, faut que tout soit bien calme pour opérer. Enfile la combinaison de plongée, prépare le matériel, et vas-y que tu plonges dans l'eau glaciale et bien proprette comme elle peut l'être dans un port où 100 voiliers ne sont pas tous équipés de "holding tanks"... Ahem...
Ok, hélice changée, bien serrée (sans bouteille s'il vous plaît, je peux continuer à fumer tranquille, j'ai encore le souffle!), direction le fuel, puis la place à quai. Enfin!

Horta donc, lieu de regroupement de tous ces voiliers qui font la transhumance annuelle des Antilles vers l'Europe. Une escale rendue mythique par le passage des premiers navigateurs en solitaire, mais aussi et surtout connue pour son passé de sanctuaire de la pêche à la baleine et au cachalot. "Peter" y a créé le très fameux "Café Sport", ou "Chez Peter" il y a de nombreuses années. C'est là que tout le monde se donne rendez-vous en fin de journée, pour un long, très long apéro, et pour ses plats excellents -brochettes géantes, steaks délicieux, fruits de mer, "bacalao"... On n'y va pas pour manger ni du poisson ni des fruits de mer, mais bien pour se régaler de bonne viande bien rouge, normal.

Et pour raconter son aventure, ses frayeurs, ses excès de vitesse, de certains on se demande où ils étaient avec leurs 30 nds de vent et leurs pointes à 15nds, arrête, j'étais au même endroit au même moment, j'étais dans la pétole, au moteur... Et vas y que ça discute, se rencontre, s'échange, trinque, c'est la mienne, ok la prochaine est pour moi, etc. Pas de soirée mémorable cette année, plutôt des soirées calmes sur tel ou tel bateau, préférant le calme et l'échange vrai aux longues diatribes des équipiers effilochés... J'y ai retrouvé "Antinéa", "Nuages", "Kia Ora III", et -comble- un "Sea Bemol"! Il faut savoir que c'était le nom de notre Trinidad, ce gars a du le voir, le nom lui a plu, et il m'a copié, certain!
C'est sur les quais d'Horta, à Faial, que tous les navigateurs de passage ont pris l'habitude de laisser la trace de leur passage en peignant le nom de leur bateau, de l'équipage, etc. Certaines de ces fresques sont de véritables oeuvres d'art...
Escale hautement technique également. J'ai passé des heures et des heures à tenter de réparer ce fichu groupe électrogène, entre autres choses (j'ai une liste en 28 points sur lesquels j'ai dû intervenir, en dehors du groupe). Des heures sur cette machine, je vous dis. Deux jours pleins! Pour finir, il a bien voulu coopérer. Essais à quai : une heure sans problème. Idem le lendemain, pour être sur.
Good, on peut y aller.

   
   
Horta - Gibraltar 4 au 12 juin  

Déjà 6 jours que nous sommes partis, après cette escale bien sympathique. Et après un petit salut au passage au dessin laissé par "Crazy Maybe", cette charmante famille Belge rencontrée en février 2009 à Curaçao, puis retrouvée 4 mois après sur Faial (c'est le nom de l'île où se trouve Horta), et à celui que François et moi avons laissé avec "Mélina".
Cette étape a commencé par une navigation le long des îles de Pico, Sao Jorge, puis Terceira que nous avons laissée dans le lointain, la nuit. Pas des plus agréables, la mer étant courte et sèche, levée par le vent d'Est et l'effet Venturi créé entre les îles.
Plus tard, nous avons longé la côte sous le vent de Sao Miguel, qui a l'air fort jolie et mériterait que je m'y arrête la prochaine fois...


Puis a commencé la "traversée" des Açores à Gibraltar.
D'un calme, mais d'un calme...

Sauf le passage de la pointe de Tarifa, pris avec 30 nds réels d'Est, et un courant à 2 nds contre le vent. Courant portant donc, heureusement, mais qui a levé une mer incroyable! Des creux de 2 ou 3 m, déferlant sévère, et un petit "Oxygène" qui taillait bravement mais doucement sa route contre les éléments... Nous nous sommes fait mouiller, doucher, rincer, pendant des heures... Toute la nuit... Et les cargos par ci, les pétroliers par là, et les cailloux ici. Super.
Dans le même temps, Bruno sur "Kia Ora III", un magnifique Swan de 18m et quelques, décidait sagement d'aller se mettre à l'abri dans l'avant port de Tarifa. J'aurais dû faire la même chose.
Mais bon, nous sommes passés, et nous nous sommes retrouvé au quai de fuel de Marina Bay le 12 juin à 05:00 TU, soit 7 heures du matin Gibraltar time.
Après 8n jours de mer, à nous une rapide escale, le temps d'acheter deux batteries qui remplaceront le parc actuel, complètement mort. Du provisoire, peu d'Ampères, mais ce sera toujours mieux que les 10 batteries mortes et totalement inutiles.

   
Gibraltar - 12 au 14 juin 13:00
Escale technique rapide, sans grand intérêt. La marina n'est pas spécialement sympa, occupée qu'elle est par de vieux anglais au teint rougi par le soleil, un peu, le gin et la Guiness, beaucoup.
J'en ai profité pour "prendre l'air" et aller marcher 4 h sur le rocher un jour, et pareil le lendemain, de l'autre côté de la frontière chez les Espagnols. Nettement plus sympa!!
La première fois que je suis passé par Gibraltar, en 1983, je croyais que les fameux singes du Rocher étaient en fait les Anglais, raillés par les Français. Il fallait que j'en aie le coeur net... Ce sont bien des singes, des vrais...
 
De Gibraltar à Marseille : du moteur, du moteur et encore du moteur

Partis de Gib. le 14 juin en milieu d'après midi, nous avons été cueillis à froid par un superbe vent d'Ouest à 30 nds établis. Grandiose! Plein pot, toute la toile dehors, à 120° du vent, la mer par l'arrière, le courant avec nous, que du bonheur! "Oxygène" a filé ses bons 12 nds sans faiblir pendant 3 heures, slalomant entre les cargos, pétroliers et autres gigantesques porte-conteneurs, demandant une vigilance élevée à la barre. Car à cette allure (route du bateau par rapport à la direction du vent) et à cette vitesse, pas question de laisser Hyppolite-le-Pilote aux commandes. Le gars est bien sympa, mais au portant, il n'assure pas un cachou. Et de toute façon, je n'allais pas me priver du plaisir de "faire marcher la bête"... Sur notre gauche, le Rocher, sur notre droite, un haut sommet de la côte Marocaine qui sort de la brume de chaleur. Superbe.
Malheureusement cet instant d'extase a été de courte durée (pourquoi faut-il que "l'extase" soit toujours aussi brève, quelle qu'en soit la source??) et le vent a commencé par mollir gentiment, pour disparaître et laisser place à un calme plat qui nous a accompagnés jusqu'à la hauteur de Barcelone.
Avec en prime un brouillard terrible, une purée de pois si dense qu'on aurait pu y laisser une cuillère tenir droite toute seule... Visibilité réduite à quelques mètres, un quart de mile dans le meilleur des cas. J'ai horreur de ça! Ca m'a rappelé le convoyage de ce voilier fait avec Morgane entre Vancouver et San Francisco. Sauf que cette fois, il fait plus chaud, et surtout nous avons un radar. Sans radar, ce serait de la roulette russe!
Le 16, dans la matinée, j'ai eu une frayeur terrible! Nous avons eu une chance phénoménale, et j'en remercie encore Dieu, Allah, Bouddha, tous les Saints, les Anges, leurs cousins et leurs copains!
Ok, c'est le matin, la nuit a été mauvaise, tendu que j'étais dans ce brouillard qui rend aveugle, passant du radar à l'extérieur au radar à l'extérieur... somnolant quelques minutes, retour au radar, changement de cap pour éviter ce "spot" qui passe à un demi mile mais que nous ne verrons jamais -et ça s'est produit souvent, souvent-, café-clope-café-clope... bref, au matin, le jour est bien levé et nous naviguons dans une tasse de lait, au moteur. L'équipier dort, tranquille. On y voit à une cinquantaine de mètres, pas trace de bateau ni sur le radar ni en visuel (tu parles, de toute façon, avec ce brouillard, le visuel, laisse tomber...), je décide d'aller rapidement me passer la tête sous l'eau, bref un petit brin de toilette pour saluer le jour. On n'est pas des sauvages, on se lave quand même un peu. Tout ça ne prend que 5 minutes, c'est pas une douche, juste un petit coup sur la figure et les dents. Je ressors, et là, "Ze" coup de poing dans le ventre, je fonce à 7 nds bille en tête sur un bateau à moteur dans les 4 m de long, plastique, avec deux occupants qui font des grands signes. Juste le temps de sauter sur la barre, débrancher le pilote et donner un grand coup sur babord. Nous sommes passés à moins de 5 mètres! Si j'étais resté 30 secondes de plus à l'intérieur, y'aurait eu de l'épave au fond de l'eau et de la barbaque aux requins...
Je n'ai jamais eu une telle peur retrospective en mer, jamais.
Les deux hommes étaient tranquillement en train de pêcher sur leur bateau du dimanche (un mercredi, tu penses, on pouvait pas s'y attendre!) dans le brouillard, sans réflecteur radar, sans faire les signaux nécessaires à la corne de brume, absolument invisibles... Le temps de me retourner, je ne les voyais déjà plus.
J'ai vraiment eu une chance énôôôôrme. Grosse comme une maison.
Merci, whoever you are!

D'ailleurs, j'ai encore eu de la chance ce matin. Ou plutôt, là, on pourrait parler d'intuition? J'étais "hors quart" depuis allez, mettons une demi heure. Superbe beau temps, petit vent qui pousse doucement sur les voiles, bonne visibilité... Lorsque l'équipier prend son quart, je lui montre sur l'horizon un point lumineux et lui dis "je viens de le voir, je ne sais pas où il va, on ne voit pas encore ses feux de nave, donc fais gaffe, c'est à surveiller."
1/2 heure après, je me lève, "réveillé par un besoin naturel", comme on dit. Et je vois par le hublot le magnifique feu rouge du bateau, avec plein d'autres lumières. C'est un paquebot de croisière, Versailles sur l'eau, ça brille de partout, ça va très vite, et ça nous fonce carrément dessus!!
Je sors "un peu vite", et je vois l'équipier tranquillement en train de se demander s'il devait réagir devant cette cathédrale flottante, l'observant aux jumelles, sans se rendre compte qu'il nous fonçait dessus à 25 ou 30 nds en plein travers et à un demi mille. 1/2 mille, c'est environ 900 m. Quand le paquebot avance à environ 45 km heure, les 900 mètres, ils passent très, très vite. Allez, saute sur la barre, viens sur tribord toute pour le laisser passer (il arrivait de notre droite). Le paquebot est passé à 25 m... N'eut été cette envie pressante, il y a de fortes chances pour que nous ayons "abimé le gelcoat" d'"Oxygène", pour le moins! Chance ou intuition? Le deux, Amiral!
Inutile de dire que j'ai fait quelques réflexions peu amènes à cet équipier "professionnel"... D'autant que ce n'était pas la première fois. Mais jamais aussi près, jamais "limite" comme ça.
Anyway.

Tout cela ne nous a pas empêchés de faire une belle pêche. Un thon de 1 mètre mesuré et 18 kg pesés est monté à bord non sans donner du fil à retordre aux pêcheurs... Le congélateur du bord en est encore plein.

Et celà ne nous a pas non plus empêchés d'envoyer le spi, pas longtemps malheureusement, mais une journée à avancer sans bruit à 6 nds, c'est toujours bon à prendre!!


La remontée le long de la côte espagnole n'a pas été de tout repos. Beaucoup de moteur, du brouillard, et arrivés au Cap San Sebastian, 25 à 30 nds de vent dans le nez. Une mer souvent en vrac, mer du vent et ressac.
Nous avons tiré des bords difficiles le long de la côte, dormi quelques heures au mouillage à Rosas avant de repartir à tirer des bords pratiquement jusqu'au Cap Béar où nous avons enfin trouvé un vent favorable qui nous a propulsés sur Marseille en une dizaine d'heures.
Pour garder la main, le matin avant de partir de Rosas, j'ai du changer le démarreur du moteur tribord, (le seul qui assurait la propulsion, le moteur babord ayant l'inverseur "dans le sac"). Il y en avait un de rechange à bord. Encore une marque de prévoyance du propriétaire!

Superbe arrivée sur Marseille au lever du jour, magnifique sur les Alpilles. C'est bien sur le moment qu'a choisi mon appareil photo pour me faire remarquer que je ne l'avais pas rechargé. Dommage, ça aurait fait une belle photo de fin de balade.
Et Comité d'Accueil en arrivant au port de Corbières : les parents étaient là, et avaient sympathisé avec Denis, propriétaire de "Song Saigon" que j'avais convoyé l'an dernier avec François.
"Song Saigon" est à deux places d'"Oxygène". Le monde est petit dans ce milieu.

   

4580 miles en 38 jours, dont 7 jours d'escale. Donc pas une moyenne exceptionnelle, c'est le moins qu'on puisse dire.
Maximum 40 nds de vent enregistrés, vitesse maxi 12.6 nds, mer la plus forte 2 à 3 mètres, nous n'avons pris le 2è ris qu'une fois ou deux, et plus pour la forme que par nécessité.
Beaucoup trop d'heures de moteur, bien trop peu de vent.

Environ 40 kg de poisson pêchés, 10 kg de pommes de terre, 10 kg d'oignons, 6 kg de riz, 8 kg de pates, et tous les légumes frais qui vont avec, quelques (relativement nombreuses) boites de tomates, de pois chiches, de champignons... "On" a mangé comme 4, et dans l'ensemble chacun s'est régalé autour de la table. Le cuistot n'est pas si mauvais!

A moi maintenant les plaisirs de la terre Provençale jusqu'au début du mois de juillet, avant le retour sous les tropiques. Quelques semaines de charter m'y attendent, au début de la saison cyclonique, mouillages déserts, excellent... entre les grains!

   
   
   

"En avril ne te découvre pas d'un fil, en mai, fais ce qu'il te plaît"

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